Introduction au jeu de société moderne.

Un jeu de société moderne, késako ? Déjà, ce n’est pas le Monopoly, ce n’est pas Risk et ce n’est pas le Jeu de l’oie.

Vous pourriez me dire que je tire sur l’ambulance, et vous auriez raison, cependant beaucoup de jeux véritablement bons et intéressants sont ignorés et boudés par des générations entières de traumatisés. Je tire sur l’ambulance, oui, mais c’est l’ambulance qui cache la forêt !

Alors, qu’est-ce que c’est « moderne » ? Bah, c’est pas non plus un jeu de société vendu avec un DVD recréant l’ambiance fantastique des émissions télé.

Tant de consoles et de téléviseurs à exorciser de sa présence maléfique.

Bon, j’arrête de tourner autour du pot et j’en viens aux caractéristiques communes à la majorité des jeux modernes.

1) Pas d’élimination de joueur !

Bon sang que ça fait plaisir de l’écrire ! Je vous jure que le Caps Lock me démange ! Que la partie dure 20 minutes ou 4 heures, on n’écarte personne en cours de jeu. Si un joueur est éliminé, le jeu s’arrête. Pas d’exception ! Un jeu avec élimination de joueur est un jeu au game design cassé. Personne n’a envie de regarder les autres jouer après s’être fait éliminer.

2) Pas plus de 2-3 heures

Et encore je vois large. L’attention des humains est fluctuante. Vous n’avez pas forcément le courage de voir un film qui dure 6-7 heures ? Vous n’avez pas envie d’une pièce de théâtre qui dure 2 jours ? Vous n’avez probablement pas envie de jouer au Monopoly 6 heures d’affilée.

Dois-je préciser que ce genre d’erreur de game design est souvent réalisé en combo avec l’élimination de joueurs. (Prends ça, Monopoly !)

3) La décision est faite par les joueurs, pas les dés.

Ça paraît évident, et pourtant il en a fallu du chemin pour le comprendre. Il fut un temps où seul le Jeu de l’oie ou bien les Petits chevaux tenait le haut du pavé. C’est un défaut particulièrement criant sur le Jeu de l’oie : à votre tour, vous jetez un dé qui vous dit de combien de cases vous vous déplacez. La case sur laquelle vous tombez représente alors l’action que vous avez « choisie ». C’est l’exemple typique du jeu qui pourrait se jouer sans personne autour de la table puisqu’il n’y a aucune décision à prendre. C’est un vice dont le Monopoly est lui aussi coupable.

Comparez cela avec Risk qui vous laisse au moins le choix de l’endroit où attaquer. Imaginez qu’au lieu de choisir de conquérir la Russie ou l’Afrique, vous lanciez un dé sur un tableau qui vous dirait où combattre.

4) Le jeu ne perd pas en intérêt pour le/les joueurs en train de perdre.

L’erreur est particulièrement criante pour des jeux comme Risk. Au début vous avez des troupes un peu partout et donc énormément de choix. Où former une grosse puissance ? En Europe ? En Océanie ou en Amérique du Sud ? Qui donc attaquer ?

Après quelques batailles et conquêtes, on peut déjà diviser les joueurs en deux camps :

  1. les joueurs en compétition pour la victoire sont à la tête de plusieurs continents et ont toujours des choix à faire. Où attaquer ? Où concentrer ses troupes ?
  2. Les autres joueurs, confinés dans un coin du plateau, n’ont plus vraiment de choix : il faut attaquer le seul coin de terre accessible ou passer son tour. Pas d’autres solutions que de jouer en auto-pilote jusqu’à la mort.
  3. Je sais que j’en rajoute des tartines, mais gardons une petite pensée pour notre ami éliminé du jeu dans la première demi-heure.
liaison asie oceanie, deux armées s'affrontent

J’en ai marre de rejouer cette même bataille sans intérêt partie après partie. On change de jeu ?

5) Donner la main au joueur régulièrement

C’est évident. Et pourtant… c’est la faille principale de la plupart des wargames. Des parties de 4 heures avec des tours de jeu d’une demi-heure. Pour chaque joueur on a l’habitude de dire : « bouge toutes tes troupes une par une, fais-les toutes tirer une par une, etc… ». L’effet est dévastateur.

Les jeux modernes ont appris à casser cette mécanique, chaque joueur faisant jouer seulement une fraction de son armée à chaque tour. De plus, on rajoute souvent une possibilité de riposte durant le tour de l’adversaire pour casser l’attente passive.

Pendant que tu bouges tes troupes, je te prépare quoi ? Un café ? Un rôti de veau ? Un poulet basquaise ?

6) Le nom de l’auteur est écrit sur la boite

Personnellement, je trouve ça plus pertinent que de voir en gros le logo de l’éditeur. Je n’arrive pas à croire que ça n’était jamais le cas il y a quelques années. Imaginez que nous devions supporter la même chose pour les livres.

Si Orwell avait été concepteur de jeux de société, il lui aurait fallu batailler ferme pour éviter cette catastrophe.

Conclusion : Une barrière à faire céder

Devant un tel continent à explorer, difficile de croire qu’on joue encore au Risk et au Monopoly. Ces vieux jeux sans profondeur, aux mécanismes inutilement rouillés et branlants sont encore régulièrement mis en avant dans les magasins. Ces jeux bénéficient d’un budget publicitaire conséquent et aiment se présenter comme des classiques indépassables. Dès lors, ils vampirisent (monopolysent ?) l’attention et l’argent qui aurait pu aller à des jeux vraiment dignes d’intérêt.

Monopoly starwars

Ne vous y trompez pas, même sous ses apparences rassurantes, vous ferez face au même criminel multirécidiviste.

Nous y voilà donc. Un vieux média qui prend enfin son envol et dont l’obstacle principal est l’omniprésence des « classiques ».

A nous de les destituer, et d’en proposer de nouveaux.

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